Par Chabusiku Rumena, Défenseure des Droits Humains (DDH)

L’annonce des opérations de vérification biométrique des réfugiés prévues dans les semaines à venir suscite une vive inquiétude au sein du camp. Si cet exercice est une étape administrative cruciale pour la mise à jour des données et le maintien de l’assistance humanitaire, il représente une épreuve terrifiante pour un groupe particulièrement vulnérable : les réfugiés de la communauté LGBTQIA+.
En tant que Défenseure des Droits Humains, il est de mon devoir de tirer la sonnette d’alarme sur les préjugés, les risques sécuritaires et les violations des droits fondamentaux auxquels ces personnes sont exposées lors des rassemblements de masse.
Une coexistence forcée et des risques sécuritaires majeurs
Dans le quotidien du camp, les réfugiés LGBTQIA+ vivent souvent en marge ou dans une semi-clandestinité pour se protéger de l’hostilité et de la stigmatisation d’une partie de la population réfugiée. L’obligation d’alignement physique lors des sessions de vérification pose des menaces directes :
- L’exposition et l’Outing forcé : Devoir se présenter publiquement dans des files d’attente denses et mixtes expose les réfugiés LGBTQIA+ au regard et à la reconnaissance d’individus hostiles issus de leurs communautés d’origine.
- Harcèlement et violences physiques : La promiscuité dans les zones d’attente génère des insultes, des intimidations, et dans les cas les plus graves, des agressions physiques préméditées ou spontanées.
- La peur du rejet institutionnel : La crainte d’être victime de préjugés de la part d’agents de vérification ou de membres du personnel local dissuade certains réfugiés LGBTQIA+ d’aller se faire enregistrer, risquant ainsi de perdre leur statut et leur ration alimentaire.
Le droit international face à la discrimination
L’asile et la protection humanitaire reposent sur des principes universels inaliénables :
- Le principe de non-discrimination : L’article 3 de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés stipule que les dispositions doivent être appliquées sans discrimination quant à la race, la religion, l’origine ou l’appartenance à un groupe social particulier.
- Le droit à la sécurité et à l’intégrité physique : Chaque demandeur d’asile et réfugié doit pouvoir accéder aux procédures administratives sans mettre sa vie ou sa sécurité en danger.
- La confidentialité des données : La protection des données personnelles et de l’orientation sexuelle est un impératif de protection pour éviter toute représaille.
Mes demandes d’aménagements urgents pour la vérification
Pour garantir un exercice de vérification inclusif, humain et sécurisé, j’exhorte le HCR, l’Office du Premier Ministre (OPM) et les organisations partenaires à mettre en place des mesures de protection adaptées :
- Création d’espaces ou de créneaux sécurisés : Organiser des plages horaires spécifiques ou des guichets discrets permettant aux personnes vulnérables et marginalisées de passer l’enregistrement en toute sécurité.
- Sensibilisation et code de conduite du personnel : Veiller à ce que tous les agents de vérification et les forces de sécurité soient fermement rappelés à l’ordre concernant le respect absolu de la neutralité et le refus de tout acte de discrimination.
- Presence renforcée d’observateurs des Droits Humains : Déployer des DDH et des officiers de protection aux points de rassemblement pour identifier immédiatement les situations de harcèlement et intervenir.
La vérification ne doit pas devenir un piège pour la sécurité des réfugiés LGBTQIA+. Protéger les plus vulnérables est le test ultime de notre engagement envers les droits humains universels.
Chabusiku Rumena
Défenseure des Droits Humains (DDH)
