Par Nicole Barhame Rudahindwa, Défenseure des Droits Humains (DDH)

Dans le camp de réfugiés de Nakivale, chaque distribution de vivres, d’eau ou de matériel de première nécessité se transforme rapidement en un terrain d’épreuve physique. Au milieu de la foule compacte, des bousculades violentes et de la précipitation générale, une catégorie de notre population souffre dans le silence et l’indifférence : nos personnes âgées.
En tant que Défenseure des Droits Humains, il est de mon devoir de tirer la sonnette d’alarme sur le manque cruel de mécanismes de protection adaptés à nos aînés au sein du camp.
L’épreuve des lignes d’attente : Une atteinte à la dignité et à la sécurité
Pour une personne âgée, affaiblie par les années, la maladie ou les traumatismes du déplacement forcé, passer des heures debout sous un soleil brûlant ou une pluie battante est déjà une souffrance. Mais devoir lutter physiquement dans des files d’attente désorganisées pour obtenir sa ration d’aide humanitaire est une injustice inacceptable.
Faute de couloirs prioritaires respectés ou de dispositifs de distribution séparés, les personnes âgées se retrouvent prises au piège dans des bousculades. Beaucoup chutent, se font piétiner ou se voient privées de leur tour par de plus jeunes usagers. D’autres, effrayées par la violence des cohues, préfèrent renoncer à leur aide et rentrer chez elles les mains vides, accentuant ainsi leur état de malnutrition et de vulnérabilité.
Un droit fondamental à la protection et au respect
Le droit international et les principes humanitaires sont pourtant clairs :
- Le principe d’impartialité et d’équité : L’assistance humanitaire doit être distribuée en tenant compte des besoins spécifiques des groupes les plus vulnérables.
- La dignité humaine : Les personnes âgées ont le droit d’accéder aux services de base sans mettre en danger leur intégrité physique ni subir d’humiliations.
- Les normes du HCR et des partenaires : La protection des personnes à besoins spécifiques (PSN) impose la mise en place d’aménagements raisonnables lors des opérations de distribution.
Ne pas adapter nos infrastructures et nos procédures à Nakivale constitue une défaillance dans notre devoir collectif de protection.
Mes recommandations et appel à l’action
Face à cette situation intolérable, j’appelle instamment les organisations humanitaires, le HCR, l’Office du Premier Ministre (OPM) et les responsables de distribution à prendre des mesures immédiates :
- Création de lignes d’attente prioritaires et sécurisées : Aménager des accès dédiés exclusivement aux personnes âgées, aux femmes enceintes et aux personnes à mobilité réduite, avec des zones d’ombre et des sièges.
- Système de distribution à domicile ou par procuration ciblée : Pour les aînés les plus fragiles incapables de se déplacer, mettre en place des mécanismes de livraison directe ou de retrait sécurisé par des proches identifiés.
- Sensibilisation et maintien de l’ordre communautaire : Former les agents de distribution et la police communautaire au respect strict des personnes vulnérables lors de la gestion des foules.
Nos aînés ont fui la guerre et les persécutions ; ils ne devraient pas avoir à subir une autre forme de violence pour simplement survivre au quotidien. Restituer leur dignité lors de l’accès à l’aide est une obligation morale et juridique.
Nicole Barhame Rudahindwa
Défenseure des Droits Humains (DDH)
