Par Noëlla Ludunge, Défenseure des Droits Humains (DDH)

En tant que Défenseure des Droits Humains engagée auprès de notre communauté au camp de réfugiés de Nakivale, je suis quotidiennement témoin des épreuves que traversent les personnes déracinées. Mais s’il est une injustice intolérable qui brise la dignité humaine, c’est bien le fait d’exiger de l’argent à des personnes vulnérables pour leur accorder le droit élémentaire de se faire soigner.
Aujourd’hui, je lève la voix pour dénoncer une réalité amère : le système de référence médicale du Centre de Santé III de Nyarugugu vers l’Hôpital Régional de Référence de Mbarara est gangrené par la corruption.
La santé : un droit fondamental, pas une marchandise
Pour de nombreux réfugiés souffrant de pathologies graves ou nécessitant des soins spécialisés, obtenir un transfert vers Mbarara est une question de vie ou de mort. Malheureusement, ce dossier de transfert – qui devrait être délivré sur la seule base de critères médicaux objectifs – est trop souvent transformé en un commerce illégal. Des montants d’argent sont exigés de manière informelle pour signer les papiers, financer un passage prioritaire ou valider la prise en charge.
Ceux qui n’ont pas les moyens de payer restent bloqués à Nyarugugu, voyant leur état de santé s’aggraver de jour en jour.
Que dit la loi sur les droits des réfugiés ?
Il est crucial de rappeler que la santé n’est pas une faveur accordée aux réfugiés, mais un droit humain garanti par les textes nationaux et internationaux :
- La Convention de 1951 relative au statut des réfugiés (Article 23) stipule que les États contractants doivent accorder aux réfugiés le même traitement qu’aux nationaux en matière d’assistance et de secours publics.
- La politique d’accueil de l’Ouganda (Refugees Act de 2006) garantit aux réfugiés un accès équitable aux services sociaux de base, y compris les soins de santé, sans discrimination ni extorsion.
- Le droit à la vie et à la santé est un principe inaliénable. Conditionner un transfert médical à un paiement illicite constitue une violation grave des droits humains et met directement des vies en danger.
Mon appel en tant que Défenseure des Droits Humains
Refuser un transfert médical à un réfugié faute d’argent, c’est violer sa dignité et menacer son existence. La vulnérabilité d’un réfugié ne doit jamais être exploitée à des fins d’enrichissement personnel.
Face à cette situation, j’appelle fermement :
- Les autorités sanitaires et les partenaires humanitaires à diligenter des enquêtes indépendantes sur les pratiques de délivrance des transferts au Centre de Santé III de Nyarugugu.
- La direction de l’hôpital de Mbarara et les responsables du camp à mettre en place un mécanisme de signalement anonyme et sécurisé pour les victimes d’extorsion.
- La communauté des réfugiés de Nakivale à connaître ses droits, à refuser de céder à la corruption lorsque cela est possible, et à dénoncer ces abus auprès des acteurs de défense des droits humains.
Le droit aux soins de santé doit rester gratuit, équitable et accessible à tous, sans distinction de fortune. Ensemble, continuons de protéger la vie et la dignité des réfugiés.
Noëlla Ludunge
Défenseure des Droits Humains (DDH)
