Titre : Brisons le silence du foyer : Appel à la mobilisation des femmes de Nakivale contre les violences conjugales

Par Shamavu Marleine Bahati, Défenseure des Droits Humains (DDH)

Dans le camp de réfugiés de Nakivale, la guerre et le déracinement ont laissé des traces profondes. Mais pour trop de femmes, le danger le plus immédiat ne se trouve pas à l’extérieur : il s’est installé au cœur même de leur propre foyer. Les violences conjugales — qu’elles soient physiques, verbales, psychologiques ou économiques — continuent de ronger en silence la vie de nombreuses mères et jeunes femmes.

En tant que Défenseure des Droits Humains, je refuse d’accepter la banalisation de cette souffrance. Il est temps de briser le tabou et de lancer un appel solennel à toutes nos sœurs : vos droits ne s’arrêtent pas à la porte de votre maison.

Une réalité étouffée par la peur et la tradition

Dans notre communauté, les violences au sein du couple sont encore trop souvent minimisées ou considérées comme des « affaires privées ». Beaucoup de femmes souffrent en silence par peur du rejet social, de l’insécurité financière, ou parce qu’on leur a enseigné que supporter la violence était une preuve de patience matrimoniale.

Cette résignation forcée détruit des vies. Elle affecte la santé mentale des mères et traumatise les enfants qui grandissent dans un climat de terreur. Subir des coups, des insultes ou des privations financières n’est pas une preuve d’amour ni une fatalité : c’est un crime et une violation grave de vos droits fondamentaux.

Femmes de Nakivale : Réclamez et défendez vos droits

À vous, mes sœurs qui traversez cette épreuve, je veux adresser ce message d’espoir et d’action : vous avez de la valeur, vous avez de la dignité, et la loi est de votre côté.

Réclamer ses droits ne signifie pas détruire sa famille, mais exiger le respect et la sécurité auxquels chaque être humain a droit. Pour sortir de cet engrenage, nous devons agir ensemble :

  1. Refusez la normalisation de la violence :Aucun motif ne justifie qu’un partenaire porte la main sur vous ou vous humilie. La violence n’est jamais une solution.
  2. Rompez le silence : Parler est le premier pas vers la libération. Confiez-vous à une personne de confiance, rapprochez-vous des organisations de défense des droits humains ou des leaders communautaires formés à l’écoute.
  3. Sachez que vous n’êtes pas seule : Des structures d’accompagnement juridique, médical et psychologique existent à Nakivale pour vous protéger et vous guider en toute confidentialité.

Un engagement collectif pour l’avenir

La lutte contre les violences conjugales ne concerne pas uniquement les victimes ; elle exige l’implication de toute la communauté. J’exhorte les hommes, les leaders communautaires et les autorités du camp à dénoncer activement ces abus et à cesser d’encourager le silence des victimes au nom de la coutume.

Levons-nous ensemble. Une femme informée, consciente de ses droits et soutenue est une force inarrêtable. Pour votre sécurité, pour celle de vos enfants et pour l’avenir de notre communauté, n’ayez plus peur de revendiquer votre droit à une vie paisible et digne.

Shamavu Marleine Bahati

Défenseure des Droits Humains (DDH)

Marie Chantal Machozi Shabani

Machozi Shabani Marie Chantal est une défenseure des droits humains originaire du Nord-Kivu en RDC. Active depuis 1998, elle est la fondatrice de l’organisation EDF-Kivu, engagée dans la protection des droits des femmes et des personnes vulnérables. Son action se concentre sur la lutte contre les violences basées sur le genre, le plaidoyer pour les droits humains et le soutien aux femmes touchées par les conflits dans la région des Grands Lacs.

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