Pierres sur le toit, silence des autorités : quand lutter pour les droits coûte son foyer

Article de la DDH Zawadi Safari

J’écris ces lignes le cœur brisé, depuis un toit qui n’est pas le mien.

Pendant des mois, ma maison du village de Sangano est devenue une prison de terreur. Nuit après nuit, le même calvaire recommençait : des jets de pierres violents s’abattaient sur mon toit et contre mes murs. Nuit après nuit, mes enfants se réveillaient en sursaut, hurlant de peur, se blottissant contre moi dans le noir.

Ce traumatisme est d’autant plus insupportable qu’il réouvre une plaie sanglante qui ne s’est jamais refermée. Il y a un an et demi, j’ai perdu mon mari. Il était activiste, tout comme moi. Il s’est battu sans relâche pour les droits des personnes LGBT ici à Nakivale, jusqu’à ce qu’une agression barbare ne lui arrache la vie. Il est mort des suites de ses blessures, payant du prix fort notre combat pour la dignité humaine.

Depuis sa disparition, je me suis retrouvée seule avec nos enfants, portant à la fois le deuil, la charge de notre famille et la poursuite de nos engagements. Mais au lieu de trouver de la compassion ou de la sécurité, je suis devenue la cible.

J’ai alerté les autorités locales. J’ai déposé des plaintes, répété les appels à l’aide, supplié pour qu’une enquête soit menée et que ma famille soit protégée. Qu’ai-je obtenu en retour ? L’indifférence. Un silence glacial de la part de ceux qui sont censés garantir la sécurité de tous. Les autorités ont choisi de fermer les yeux, laissant mes agresseurs agir dans une impunité totale.

Face à cette menace permanente et devant la détresse psychologique de mes enfants, détruits par la peur et le manque de sommeil, j’ai dû prendre une décision déchirante : abandonner ma propre maison.

J’ai laissé derrière moi notre foyer, l’endroit bâti avec mon défunt mari, pour fuir et devenir locataire ailleurs. C’est une injustice intolérable. Pourquoi est-ce à la victime et à ses enfants orphelins de fuir, tandis que les criminels dorment en paix à Sangano ?

Je refuse pourtant que ce déménagement forcé soit synonyme de défaite. En rendant mon histoire publique, je veux dénoncer l’abandon des défenseures des droits humains et le prix exorbitant que nos familles paient pour la justice. Mon mari est mort pour cette cause ; je ne laisserai pas la terreur détruire ce qu’il reste de ma famille.

Marie Chantal Machozi Shabani

Machozi Shabani Marie Chantal est une défenseure des droits humains originaire du Nord-Kivu en RDC. Active depuis 1998, elle est la fondatrice de l’organisation EDF-Kivu, engagée dans la protection des droits des femmes et des personnes vulnérables. Son action se concentre sur la lutte contre les violences basées sur le genre, le plaidoyer pour les droits humains et le soutien aux femmes touchées par les conflits dans la région des Grands Lacs.

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