Article de la DDH Nicole Rudahindwa

J’écris ces mots sous le choc, la joue enflée et le cœur lourd de colère.
Ce matin, vers 9 heures, je me suis rendue au poste de police. Il y a quelques mois, j’ai été victime d’une agression en raison de mon engagement comme défenseure des droits humains. Je voulais simplement savoir si l’enquête avait progressé, si justice allait enfin être rendue. Sur place, les policiers ont totalement ignoré ma requête. Un mépris glacial, comme si mon intégrité physique et ma sécurité ne valaient rien.
Et ce soir, à 19 heures, le message est venu se concrétiser sur mon visage : un homme m’a asséné un violent coup de poing en pleine figure.
Alors la question me hante : dois-je retourner porter plainte ?
En tant que défenseure des droits humains, la réponse devrait être évidente. Nous militons pour l’État de droit, nous encourageons les victimes à briser le silence et à faire confiance aux institutions. Mais la réalité du terrain nous rattrape brutalement : face aux attaques contre les DDH, les plaintes restent systématiquement sans suite. L’impunité s’installe, et l’indifférence de la police ressemble de plus en plus à une complicité passive.
Lancer une nouvelle procédure, est-ce un acte de courage ou une prise de risque inutile face à des autorités qui nous tournent le dos ?
Je refuse de me taire, mais je refuse aussi de me berner. Porter plainte aujourd’hui, ce n’est pas attendre une aide qui ne viendra probablement pas de ce poste de police ; c’est documenter l’injustice, c’est laisser une trace ineffaçable pour l’histoire, et c’est exposer les défaillances de ceux qui sont censés nous protéger.
L’agression physique me blesse, mais l’abandon institutionnel nous met tous en danger.
