TÉMOIGNAGE — Quand la défense des droits humains devient un crime au marché : mon agression dans le camp de Nakivale

Par Faila Mulenzi, Défenseure des Droits Humains (DDH)

Le 28 août 2026, ma vie et mon intégrité physique ont une fois de plus été violemment menacées. Il était environ 10 heures du matin. Comme à mon habitude, je me trouvais au marché de Kiretwa, au cœur du camp de réfugiés où je vis en Ouganda, occupée à vendre des vêtements pour subvenir dignement à mes besoins.

Soudain, trois hommes se sont approchés de mon étal. Sans hésitation et avec une hostilité manifeste, ils m’ont pris à partie. Avant même que je ne puisse réagir, l’attaque a éclaté. Je subis aujourd’hui les blessures physiques de leur violence, mais ce ce sont leurs mots qui résonnent encore avec le plus de gravité : pour eux, une activiste qui défend les droits des personnes LGBT n’a absolument pas sa place sur un marché public.

Cet acte haineux ne visait pas seulement ma personne, mais tout ce que je représente. Vendre des vêtements au marché est mon moyen de subsistance ; défendre les droits humains et la dignité de chacun, quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre, est mon engagement. En cherchant à me chasser de l’espace public par la peur et la violence, mes agresseurs ont voulu faire taire une voix qui dérange.

Refusant de céder à l’intimidation et au silence, j’ai immédiatement porté l’affaire devant les autorités compétentes. La plainte a été enregistrée à la police sous la référence SD 30/28/08/2026.

J’appelle aujourd’hui la police ougandaise et les responsables de la gestion du camp à mener une enquête rigoureuse et impartiale afin que les trois auteurs de cette agression soient identifiés, arrêtés et traduits en justice. La protection des défenseurs des droits humains et la sécurité de tous les réfugiés, sans discrimination, doivent être garanties. La haine ne doit pas dicter sa loi sur nos marchés.

Marie Chantal Machozi Shabani

Machozi Shabani Marie Chantal est une défenseure des droits humains originaire du Nord-Kivu en RDC. Active depuis 1998, elle est la fondatrice de l’organisation EDF-Kivu, engagée dans la protection des droits des femmes et des personnes vulnérables. Son action se concentre sur la lutte contre les violences basées sur le genre, le plaidoyer pour les droits humains et le soutien aux femmes touchées par les conflits dans la région des Grands Lacs.

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